Vacances solidaires au Bénin

Vacances solidaires au Bénin

Le courrier

MARDI, 12 OCTOBRE, 2010

«Nous aimerions que la presse relève, pour une fois, que les jeunes font aussi des choses bien!» Laetitia et Lina, 19 ans, élèves au collège, et Raouf, accompagnateur, témoignent au Courrier de leur expérience culturelle et solidaire. Avec un groupe de neuf jeunes, de 17 à 21 ans, et deux accompagnateurs, ils ont préparé et réalisé un voyage de trois semaines au Bénin en juillet dernier.
L’association Jatur reçoit chaque année des propositions de projets émanant de populations du Sud. Cette fois, des femmes du petit village de Gbeova au Bénin souhaitaient ouvrir une porcherie. Ayant eu vent du projet, des jeunes de tous horizons ont contacté Jatur pour y prendre part.

Ils ont dû, pendant l’année, apprendre à se débrouiller pour récolter les fonds nécessaires à la construction d’une enceinte, à l’achat des cochons et à la formation des éleveurs. Ils ont organisé des ventes de pâtisseries, deux soirées pour lesquelles ils ont trouvé des sponsors, et demandé des subventions aux communes. Laetitia souligne le caractère formateur de la démarche: «Au collège, nous n’avons par exemple jamais appris à écrire une lettre.»

Les jeunes ont également bénéficié d’une formation pour les préparer au voyage. Des exposés ont rassuré leurs craintes quant aux risques de maladies en Afrique, élargi leur compréhension des relations Nord-Sud et leur connaissance des us et coutumes béninois.
Quelques treize mille francs en poche, les jeunes s’envolent le 13 juillet. «A l’arrivée, je me suis demandé ce que je faisais là», avoue Lina. La première semaine est un choc culturel. Les conditions de vie sont rudimentaires: le village est à quarante-cinq minutes de piste de la ville la plus proche, le groupe dort dans une case, va chercher l’eau au puits, cuisine au charbon. Raouf soulève l’importance du collectif: «Les jeunes ont pu partager leurs interrogations et leur ressenti. Le groupe a été un véritable soutien.» Laetitia approuve: «Je ne partirais pas seule. Je pense que je craquerais.»
Mais les jeunes s’acclimatent. Ils travaillent tous les matins à la chaîne, pour construire le mur d’enceinte de la porcherie. «Le travail était fatigant, mais comme les femmes et les enfants tenaient absolument à nous aider, cela nous donnait du courage. En voyant les petits travailler, on ne pouvait pas se plaindre!» L’après-midi, ils se reposent ou jouent dans le village avec les enfants. Lina affirme que jamais elle n’oubliera la gentillesse des gens.

Après deux semaines de travail et une troisième à découvrir le reste du Bénin, les jeunes doivent déjà s’en aller. A la demande du village, ils décident, par vote unanime, d’accorder l’argent qui leur reste à la réparation du moulin à maïs, essentiel à l’alimentation, qui était cassé depuis deux ans.

«Les villageois nous ont fait un adieu très émouvant», raconte Laetitia. «Ils chantaient et dansaient. Nous avons tous pleuré.»

Les deux filles sortent grandies de l’expérience. «Nous avons dû nous surpasser et cela nous a énormément apporté. C’est une occasion unique de découvrir une culture tellement différente.» L’occasion aussi de développer un regard sur sa propre société. Pour Laetitia, le retour a été un choc : «Quand je suis rentrée dans un grand magasin, j’ai réalisé que nous vivions dans un monde de surconsommation. Cela m’a dégoûtée.»
Elles sont convaincues que la porcherie et le moulin seront durablement bénéfiques pour le village, ce dont Lina traite d’ailleurs dans son travail de maturité. Tous trois souhaitent en tout cas renouveler l’expérience et encouragent vivement d’autres jeunes à tenter l’aventure. ISALINE THORENS

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