«Nous préparons les touristes de demain»

Le Courrier

«Nous préparons les touristes de demain»

JEUDI, 29 AVRIL, 2004

C’était il y a vingt ans. Une poignée de professeurs imaginaient à l’attention de jeunes ados en rupture une manière instructive et efficace d’ouvrir leurs horizons: un voyage où tourisme et engagement humanitaire se partageraient le temps à parts égales. Jatur, les Jeunes associés temporairement à une région, était né. Depuis, l’association a permis à quelques 1200 jeunes de 14 ans à 23 ans de découvrir le monde autrement et d’appréhender le fossé qui sépare les pays du Nord de leurs voisins du Sud. Mais loin des clichés où les uns devraient tout posséder et les autres rien.

Pour fêter cet anniversaire et partager souvenirs et projets, Jatur sera présente au Village alternatif du Salon du livre à Genève jusqu’au 2 mai. Elle participera aussi au débat «Comment lutter contre le tourisme marchand?» qui aura lieu le samedi 1er mai de 11h30 à 12h45.

Retour sur images avec Sabine Petermann Burnat, membre du comité.

Après vingt ans d’existence, quel bilan dressez-vous?

– L’intention de départ n’a pas changé. Elle reste d’abord pédagogique. Nous essayons d’éveiller chez les participants une réflexion sur le monde d’ici et de là-bas, de leur faire prendre conscience de leurs privilèges mais aussi de la richesse des autres cultures. Le volet humanitaire du voyage permet un vrai partage et de casser l’image du riche Blanc incapable de relever ses manches. C’est pour cette raison que les projets que nous soutenons, toujours à l’initiative des populations locales, implique plutôt un travail physique: construction d’écoles, rénovation de bâtiments publics, distribution de repas dans les rues… Depuis la création de l’association, l’âge moyen des participants a légèrement augmenté, mais l’enthousiasme est resté intact. Les jeunes se montrent toujours aussi motivés et heureux d’avoir pu vivre une pareille expérience.

Avez-vous des critères de sélection pour choisir vos participants?

– Leur motivation précisément. Il faut qu’ils soient prêts à s’engager dans un projet, qui, entre récolte de fonds, séances préparatoires et voyage sur place, se prolongera sur une année. Il faut aussi qu’ils soient disposés à respecter certaines règles de conduite: pas de consommation de drogues, pas de relations sexuelles surtout avec les populations indigènes, un comportement respectueux des coutumes locales notamment dans le domaine vestimentaire et aussi une considération pour la vie de groupe, la solidarité et la tolérance qu’elle requiert. Jusqu’à présent, mous n’avons pas rencontré de gros problèmes.

Cette manière de voyager permet-elle de casser le rapport marchand, souvent omniprésent dans les relations entre «Blancs» et populations locales?

– De manière générale, les gens à qui nous apportons notre aide sont très heureux et surpris de voir des jeunes consacrer leurs vacances à du travail manuel, parfois harassant. Des amitiés sincères peuvent se nouer, surtout entre jeunes du même âge. Mais il est difficile de savoir si, à long terme, ces moments de partage permettent de changer le regard de ces populations sur l’Occident.

Le type de voyage proposé par Jatur serait-il un premier pas vers le tourisme durable, ou tourisme et durabilité restent-ils deux termes définitivement antinomiques?

– A titre personnel, je suis de plus en plus convaincue que le tourisme, par définition, ne peut être durable. Mais je ne veux pas remettre en question sa légitimité, car il n’est pas prêt de cesser d’exister. En revanche, nous pourrions tendre vers un tourisme moins dommageable à tous points de vue que celui qui est aujourd’hui majoritairement promu et consommée. Et c’est justement l’un des rôles de Jatur qui prépare en quelque sorte les touristes de demain.

Renseignements: www.jatur.ch

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