Tribune de Genève

Travailler du matin au soir dans un village africain, goûter aux piqûres de moustiques, dormir sans confort, être privé d’eau courante et d’électricité Voilà le type de séjours que propose l’Association Jatur

 

Travailler du matin au soir dans un village africain, goûter aux piqûres de moustiques, dormir sans confort, être privé d’eau courante et d’électricité ? Voilà le type de séjours que propose l’A ssociation Jatur. En plus de la satisfaction de la tâche accomplie, vous aurez effectué le plus beau des voyages: la découverte de l’autre et de vous-même.Depuis vingt ans, chaque été, Jatur (Jeunes associés temporairement à une région), sise à Genève, organise à l’intention de jeunes dès 14 ans des « voyages humanitaires et éducatifs » dans les pays du Sud. Cette façon de voyager allie l’utile ? deux semaines de travail bénévole ? à l’agréable ? quinze jours à la découverte d’une région. Encadrés par des adultes, les jeunes (8 à 15 ans) aident à la construction d’une école, d’un dispensaire, ou plantent des arbres. Autant de petits projets nés dans les pays concernés (principalement en Afrique de l’O uest, mais pas seulement) et auxquels Jatur s’ associe. Ensuite, le groupe part à la découverte culturelle de la région, hors des circuits touristiques.L’importancede la préparationMais avant, il y a toute une préparation. Les participants récoltent les fonds pour financer leur projet (entre 5000 et 15 000 francs), organisent leur voyage, s’ informent sur les aspects sociaux, économiques et culturels de la région à visiter. Au retour, en novembre, une soirée de présentation-débat a lieu. Ce travail intense (un an en tout) responsabilise les adolescents. Sur place, ils cuisinent eux-mêmes, font les courses, etc. En tissant entre eux des liens intimes, ils expérimentent aussi la vie en groupe, parfois explosive. C’est donc avant tout un pas vers l’âge adulte que les ados font à travers cette expérience: en allant vers l’autre, ils se découvrent eux-mêmes. Sabine Petermann-B urnat, membre du comité de Jatur, décrit les voyages humanitaires comme la « promotion de la solidarité et de la rencontre authentique: une démarche qui commence à partir de soi, non pas pour se fuir, mais pour mieux se comprendre. »Liens authentiques« Tout le monde devrait vivre une fois cette expérience », s’ enthousiasme Julien Debonneville, un collégien de 19 ans qui vient de décrocher sa matu. L’année passée, il est parti avec Jatur dans un village près d’A ntananarivo, la capitale de Madagascar. Une association y accueille des familles de sans-abri. « Nous nous sommes notamment occupés d’enfants et avons participé à des distributions de nourriture. Nous avons reçu plus de sourires et de joie que nous avons pu donner par notre travail », se souvient Julien. Le don de soi, témoigne-t-il, lui a rappelé des valeurs essentielles comme l’amour, le partage, le respect, « que l’on oublie vite ici en Suisse ». Les bénévoles, en travaillant et en vivant parmi leurs hôtes, créent avec eux des liens très forts et authentiques, explique Alain Chabloz, trésorier de Jatur. Quant aux villageois, ils sont en général très touchés des efforts que l’on fait pour eux.Julien a aussi constaté ce que pauvreté ou misère signifient: « De retour en Suisse, on se rend compte que beaucoup de nos préoccupations matérielles sont des caprices de riches. » Pour beaucoup de participants, ajoute M. Chabloz, vivre dans des conditions parfois très frustes peut être un sacré choc, même s’ ils savent à quoi s’ attendre. Mais ainsi, ils ouvrent une fenêtre sur le monde et sur d’autres cultures, ils voient qu’ ailleurs, c’est différent. Les « jaturiens » s’ adaptent à cette différence en adoptant une certaine éthique: les vêtements doivent être décents et il est interdit de consommer des stupéfiants ou d’avoir des relations sexuelles avec des indigènes. Pour des vacances, c’est peutêtre « monacal », mais, assure M. Chabloz, on évite de la sorte de déstabiliser la communauté d’accueil en important des éléments ou des comportements extérieurs. Et cela, même lorsqu’ on croit bien faire, comme le raconte Julien: « Nous avons rencontré sur une plage des touristes qui ont offert dix stylos à une cinquantaine d’enfants. Ils sont partis pensant avoir aidé le tiers monde, mais, à leur départ, les gamins se disputaient le butin. »www. jatur. ch

Vacances solidaires au Bénin

Vacances solidaires au Bénin

Le courrier

MARDI, 12 OCTOBRE, 2010

«Nous aimerions que la presse relève, pour une fois, que les jeunes font aussi des choses bien!» Laetitia et Lina, 19 ans, élèves au collège, et Raouf, accompagnateur, témoignent au Courrier de leur expérience culturelle et solidaire. Avec un groupe de neuf jeunes, de 17 à 21 ans, et deux accompagnateurs, ils ont préparé et réalisé un voyage de trois semaines au Bénin en juillet dernier.
L’association Jatur reçoit chaque année des propositions de projets émanant de populations du Sud. Cette fois, des femmes du petit village de Gbeova au Bénin souhaitaient ouvrir une porcherie. Ayant eu vent du projet, des jeunes de tous horizons ont contacté Jatur pour y prendre part.

Ils ont dû, pendant l’année, apprendre à se débrouiller pour récolter les fonds nécessaires à la construction d’une enceinte, à l’achat des cochons et à la formation des éleveurs. Ils ont organisé des ventes de pâtisseries, deux soirées pour lesquelles ils ont trouvé des sponsors, et demandé des subventions aux communes. Laetitia souligne le caractère formateur de la démarche: «Au collège, nous n’avons par exemple jamais appris à écrire une lettre.»

Les jeunes ont également bénéficié d’une formation pour les préparer au voyage. Des exposés ont rassuré leurs craintes quant aux risques de maladies en Afrique, élargi leur compréhension des relations Nord-Sud et leur connaissance des us et coutumes béninois.
Quelques treize mille francs en poche, les jeunes s’envolent le 13 juillet. «A l’arrivée, je me suis demandé ce que je faisais là», avoue Lina. La première semaine est un choc culturel. Les conditions de vie sont rudimentaires: le village est à quarante-cinq minutes de piste de la ville la plus proche, le groupe dort dans une case, va chercher l’eau au puits, cuisine au charbon. Raouf soulève l’importance du collectif: «Les jeunes ont pu partager leurs interrogations et leur ressenti. Le groupe a été un véritable soutien.» Laetitia approuve: «Je ne partirais pas seule. Je pense que je craquerais.»
Mais les jeunes s’acclimatent. Ils travaillent tous les matins à la chaîne, pour construire le mur d’enceinte de la porcherie. «Le travail était fatigant, mais comme les femmes et les enfants tenaient absolument à nous aider, cela nous donnait du courage. En voyant les petits travailler, on ne pouvait pas se plaindre!» L’après-midi, ils se reposent ou jouent dans le village avec les enfants. Lina affirme que jamais elle n’oubliera la gentillesse des gens.

Après deux semaines de travail et une troisième à découvrir le reste du Bénin, les jeunes doivent déjà s’en aller. A la demande du village, ils décident, par vote unanime, d’accorder l’argent qui leur reste à la réparation du moulin à maïs, essentiel à l’alimentation, qui était cassé depuis deux ans.

«Les villageois nous ont fait un adieu très émouvant», raconte Laetitia. «Ils chantaient et dansaient. Nous avons tous pleuré.»

Les deux filles sortent grandies de l’expérience. «Nous avons dû nous surpasser et cela nous a énormément apporté. C’est une occasion unique de découvrir une culture tellement différente.» L’occasion aussi de développer un regard sur sa propre société. Pour Laetitia, le retour a été un choc : «Quand je suis rentrée dans un grand magasin, j’ai réalisé que nous vivions dans un monde de surconsommation. Cela m’a dégoûtée.»
Elles sont convaincues que la porcherie et le moulin seront durablement bénéfiques pour le village, ce dont Lina traite d’ailleurs dans son travail de maturité. Tous trois souhaitent en tout cas renouveler l’expérience et encouragent vivement d’autres jeunes à tenter l’aventure. ISALINE THORENS

je m’engage, donc je suis

Je m’engage, donc je suis

Le courrier

MARDI, 7 JUIN, 2005

Ambiance caliente, rythmes africains et rouleaux de printemps, samedi soir, à l’occasion de la soirée de clôture du projet «Genève-Porto Alegre, un autre monde est possible» qui a eu lieu à la Maison des associations de Genève. Au cours d’une soirée aussi festive qu’engagée, vingt-cinq jeunes âgés de 18 à 24 ans ont témoigné avec force et enthousiasme de leur voyage au Forum altermondialiste de Porto Alegre, au Brésil, de janvier dernier.

Pour le député socialiste Alberto Velasco, ce voyage est «un événement, dans la mesure où jusqu’à présent aucune délégation de jeunes Helvètes ne s’était rendue à Porto Alegre». Admiratif, le magistrat a ajouté dans la foulée qu’il s’agissait aussi d’un «formidable signe d’ouverture d’esprit».

Lancé l’année dernière par le Groupe genevois des associations de jeunesse de Genève (GLAJ), le projet a rassemblé huit associations: le WWF, Pronatura, l’association de voyages humanitaires Jatur, Enfants du monde, Contact jeunes, la Codap et l’Animation jeunesse de l’église protestante de Genève (AJEG).

Disponibles et motivés, les participants ont bravé durant une année la traditionnelle grasse mat’ du samedi pour se consacrer à la préparation du voyage. Au cours de nombreux ateliers et conférences, ces altermondialistes en herbe ont abordé les notions d’engagement social, de biosphère, de coopération internationale et de compréhension globale, avec des intervenants souvent assaillis de questions.

Solidaire, inoubliable, le voyage a aussi été l’occasion pour certains de se frotter à la réalisation audiovisuelle puisqu’un film a été réalisé. Présenté samedi soir, le court métrage a retracé en une petite demi-heure les différentes phases de préparation du projet ainsi que des images du forum lui-même.

En attendant le prochain Forum social – qui sera décentralisé pour l’année 2006 –, les accompagnateurs planchent déjà sur des formations locales pour la rentrée prochaine. CAROLINE STEVENS

«Nous préparons les touristes de demain»

Le Courrier

«Nous préparons les touristes de demain»

JEUDI, 29 AVRIL, 2004

C’était il y a vingt ans. Une poignée de professeurs imaginaient à l’attention de jeunes ados en rupture une manière instructive et efficace d’ouvrir leurs horizons: un voyage où tourisme et engagement humanitaire se partageraient le temps à parts égales. Jatur, les Jeunes associés temporairement à une région, était né. Depuis, l’association a permis à quelques 1200 jeunes de 14 ans à 23 ans de découvrir le monde autrement et d’appréhender le fossé qui sépare les pays du Nord de leurs voisins du Sud. Mais loin des clichés où les uns devraient tout posséder et les autres rien.

Pour fêter cet anniversaire et partager souvenirs et projets, Jatur sera présente au Village alternatif du Salon du livre à Genève jusqu’au 2 mai. Elle participera aussi au débat «Comment lutter contre le tourisme marchand?» qui aura lieu le samedi 1er mai de 11h30 à 12h45.

Retour sur images avec Sabine Petermann Burnat, membre du comité.

Après vingt ans d’existence, quel bilan dressez-vous?

– L’intention de départ n’a pas changé. Elle reste d’abord pédagogique. Nous essayons d’éveiller chez les participants une réflexion sur le monde d’ici et de là-bas, de leur faire prendre conscience de leurs privilèges mais aussi de la richesse des autres cultures. Le volet humanitaire du voyage permet un vrai partage et de casser l’image du riche Blanc incapable de relever ses manches. C’est pour cette raison que les projets que nous soutenons, toujours à l’initiative des populations locales, implique plutôt un travail physique: construction d’écoles, rénovation de bâtiments publics, distribution de repas dans les rues… Depuis la création de l’association, l’âge moyen des participants a légèrement augmenté, mais l’enthousiasme est resté intact. Les jeunes se montrent toujours aussi motivés et heureux d’avoir pu vivre une pareille expérience.

Avez-vous des critères de sélection pour choisir vos participants?

– Leur motivation précisément. Il faut qu’ils soient prêts à s’engager dans un projet, qui, entre récolte de fonds, séances préparatoires et voyage sur place, se prolongera sur une année. Il faut aussi qu’ils soient disposés à respecter certaines règles de conduite: pas de consommation de drogues, pas de relations sexuelles surtout avec les populations indigènes, un comportement respectueux des coutumes locales notamment dans le domaine vestimentaire et aussi une considération pour la vie de groupe, la solidarité et la tolérance qu’elle requiert. Jusqu’à présent, mous n’avons pas rencontré de gros problèmes.

Cette manière de voyager permet-elle de casser le rapport marchand, souvent omniprésent dans les relations entre «Blancs» et populations locales?

– De manière générale, les gens à qui nous apportons notre aide sont très heureux et surpris de voir des jeunes consacrer leurs vacances à du travail manuel, parfois harassant. Des amitiés sincères peuvent se nouer, surtout entre jeunes du même âge. Mais il est difficile de savoir si, à long terme, ces moments de partage permettent de changer le regard de ces populations sur l’Occident.

Le type de voyage proposé par Jatur serait-il un premier pas vers le tourisme durable, ou tourisme et durabilité restent-ils deux termes définitivement antinomiques?

– A titre personnel, je suis de plus en plus convaincue que le tourisme, par définition, ne peut être durable. Mais je ne veux pas remettre en question sa légitimité, car il n’est pas prêt de cesser d’exister. En revanche, nous pourrions tendre vers un tourisme moins dommageable à tous points de vue que celui qui est aujourd’hui majoritairement promu et consommée. Et c’est justement l’un des rôles de Jatur qui prépare en quelque sorte les touristes de demain.

Renseignements: www.jatur.ch

Des globe-trotters allient tourisme et humanitaire

Infosud-Tribune des Droits Humains,
15 juillet 2004
Des globe-trotters allient tourisme et humanitaire

Rachad Armanios/Le Courrier
15 juillet 04 – Depuis vingt ans, JATUR propose à des jeunes une alternative au tourisme marchand : en réalisant des projets humanitaires dans les pays du Sud, les ados font le plus beau des voyages : la rencontre avec d’autres cultures et avec soi-même.

Travailler du matin au soir dans un village africain, goûter aux piqûres de moustiques, dormir sans confort, être privé d’eau courante et d’électricité… Voilà le type de séjours que propose l’Association JATUR. En plus de la satisfaction de la tâche accomplie, vous aurez parcouru le plus beau des voyages : la découverte de l’autre et de vous-même.

Depuis vingt ans, chaque été, JATUR (Jeunes associés temporairement à une région, sise à Genève) organise à l’intention de jeunes dès 14 ans des « voyages humanitaires et éducatifs » dans les pays du Sud. Cette façon de voyager allie l’utile – deux semaines de travail bénévole – à l’agréable – quinze jours à la découverte d’une région. Encadrés par des adultes, des jeunes (8 à 15) aident à la construction d’une école, d’un dispensaire ou plantent des arbres… Autant de petits projets nés dans les pays concernés (principalement en Afrique de l’Ouest, mais pas seulement) et auxquels JATUR s’associe. Ensuite, le groupe part à la découverte culturelle de la région, hors des circuits touristiques.

Mais avant, il y a toute une préparation. Les participants récoltent les fonds pour financer leur projet (entre 5000 et 15 000 francs), organisent leur voyage, s’informent sur les aspects sociaux, économiques et culturels de la région à visiter. Au retour, en novembre, une soirée de présentation-débat a lieu. Ce travail intense (un an en tout) responsabilise les adolescents. Sur place, ils cuisinent eux-même, font les courses, etc. En tissant entre eux des liens intimes, ils expérimentent aussi la vie en groupe, parfois explosive. C’est donc avant tout un pas vers l’âge adulte que les ados font à travers cette expérience : en allant vers l’autre, ils se découvrent eux-mêmes. Sabine Petermann-Burnat, membre du comité de JATUR, décrit les voyages humanitaires comme la « promotion de la solidarité et de la rencontre authentique : une démarche qui commence à partir de soi, non pas pour se fuir, mais pour mieux se comprendre. »

« Tout le monde devrait vivre une fois cette expérience », s’enthousiasme Julien Debonneville, un collégien de 19 ans qui vient de décrocher sa matu. L’année passée, il est parti avec JATUR dans un village près d’Antananarivo, la capitale de Madagascar. Une association y accueille des familles de sans-abris. « Nous nous sommes notamment occupés d’enfants et avons participé à des distributions de nourriture. Nous avons reçu plus de sourires et de joie que nous avons pu donner par notre travail », se souvient Julien. Le don de soi, témoigne-t-il, lui a rappelé des valeurs essentielles comme l’amour, le partage, le respect, « que l’on oublie vite ici en Suisse ». Les bénévoles, en travaillant et en vivant parmi leurs hôtes, créent avec eux des liens très forts et authentiques, explique Alain Chabloz, trésorier de JATUR. Quant aux villageois, ils sont en général très touchés des efforts que l’on fait pour eux.

« Des caprices de riches »

Julien a aussi constaté ce que pauvreté ou misère signifient : « De retour en Suisse, on se rend compte que beaucoup de nos préoccupations matérielles sont des caprices de riches. » Pour beaucoup de participants, ajoute M. Chabloz, vivre dans des conditions parfois très frustes peut être un sacré choc, même s’ils savent à quoi s’attendre. Mais ainsi, il s’ouvrent une fenêtre sur le monde et sur d’autres cultures, ils voient qu’ailleurs, c’est différent.

Les « jaturiens » s’adaptent à cette différence, en adoptant une certaine éthique : les vêtements doivent être décents et il est interdit de consommer des stupéfiants ou d’avoir des relations sexuelles avec des indigènes. Pour des vacances, c’est peut-être « monacal », mais, assure M. Chabloz, on évite de la sorte de déstabiliser la communauté d’accueil en important des éléments ou des comportements extérieurs. Et cela, même lorsqu’on croit bien faire, comme le raconte Julien : « Nous avons rencontré sur une plage des touristes qui ont offert dix stylos à une cinquantaine d’enfants. Ils sont partis pensant avoir aidé le tiers monde, mais, à leur départ, les gamins se disputaient le butin. »

www.jatur.ch

RACHAD ARMANIOS